La technologie comme solution clé

Le couplage des secteurs

L'énergie est consommée dans trois secteurs d'utilisation finale : le bâtiment (pour le chauffage et le refroidissement), le transport et l'industrie. Le secteur de l'énergie est également souvent inclus dans cette liste du fait de l'importance de l’électricité. Mettre en lien ces trois secteurs constituera une étape décisive pour la réussite de la transition énergétique. Cette étape est désignée sous le nom de « couplage des secteurs ».

Ces dernières années, en Allemagne, l'Energiewende s’est principalement concentrée sur le secteur de l'électricité. La chaleur produite à partir d'énergies renouvelables, l'efficacité énergétique et le secteur du transport n'ont connu que de petites avancées. Fort heureusement, les problèmes concernant ces trois secteurs peuvent être partiellement résolus en mettant en lien le secteur de l'énergie et les secteurs du chauffage et du transport. L'électrification est un exemple de couplage de secteurs. Ainsi, l'électricité solaire et l'électricité éolienne sont les deux sources d'énergie renouvelable qui se développent le plus rapidement à travers le monde. Il est probable qu'un nombre croissant de pays disposera de surplus de cette électricité verte lorsque le soleil brille et lorsque le vent souffle. Dans ce cas, l'électricité sera bon marché sur les marchés de gros, et elle sera de plus en plus utilisée pour produire la chaleur utilisée dans les bâtiments et dans l'industrie. Cette option sera utilisée en priorité car elle est extrêmement efficace et ne requiert pas d'équipement coûteux.

Pour ce qui est du transport électrique, il est d'ores et déjà très répandu sous la forme de trains et de tramways, mais de plus en plus de vélos et de voitures électriques seront mis en circulation. Les batteries demeurent assez chères toutefois, et la plupart des pays (dont l'Allemagne) ne parviennent pas à donner les signaux en termes de prix pour inciter les gens à charger leurs véhicules électriques lorsqu'il existe un excédent en électricité produite à partir des énergies renouvelables. Mais dans la mesure où le nombre d'utilisateurs de véhicules électriques est en augmentation, il sera davantage nécessaire de coordonner la charge et les prix de gros de l'électricité. Ainsi, la consommation d'électricité en Allemagne connaît généralement un pic en soirée, lorsque les gens rentrent du travail et préparent le dîner ou regardent la télévision. Si ces gens branchent également leurs voitures électriques à ce moment-là, la demande en électricité va grimper en flèche alors que le réseau est déjà saturé. Les compteurs intelligents pourraient constituer un moyen de charger les véhicules pendant la nuit, lorsque la demande en électricité diminue.

En 2017, la Fédération nationale allemande du secteur de l’eau et de l’énergie (BDEW) a publié ses propositions pour le couplage des secteurs. Celles-ci comprennent, en plus du prix de gros valable pour l’Allemagne et l’Autriche (la zone Phelix), des zones tarifaires régionales, car les goulets d’étranglement présents sur le réseau ne se produisent généralement que de manière localisée, et non sur l’ensemble du pays ; une zone à tarif unique ne permet cependant pas de signaler que le réseau est saturé quelque part. La bourse européenne de l’énergie EEX (European Energy Exchange), sur laquelle les prix de gros sont établis, n’envoie aucun signal de prix pour la saturation du réseau régional. Le prix de gros se contente quant à lui d’indiquer le tarif de la prochaine unité d’électricité achetée.

La surtaxe appliquée aux énergies renouvelables constitue un obstacle de taille pour l’avenir. À près de 6,9 centimes par kWh en 2017, elle peut tout à fait avoir une incidence négative sur la rentabilité du couplage des secteurs même si les prix de gros, qui avoisinent actuellement les 3 à 4 centimes, se rapprochent de zéro ou chutent dans des valeurs négatives. Les entreprises pourraient certes être exemptées de cette surtaxe sur la quantité d’énergie verte excédentaire utilisée, mais cette taxe supplémentaire sert toutefois à financer les tarifs de rachat versés aux producteurs d’électricité issue des énergies renouvelables. En conséquence, si la surtaxe ne permet pas de payer l’excédent d’énergie verte, un autre moyen de financement devra être mis en place, sans quoi les producteurs ne seraient pas indemnisés pour le surplus d’énergie produite.

La loi allemande sur la gestion de l’énergie encourage désormais le couplage des secteurs (électricité/chaleur) en association avec des unités de cogénération.