Questions & Réponses

La transition énergétique est-elle abordable ?

Oui – en fait, nous n’avons pas les moyens de l’éviter. Les investissements effectués aujourd’hui dans les renouvelables ne seront certes rentables qu’au bout de 20 ans de la durée de vie moyenne des équipements, mais cela correspond au moment où l’énergie conventionnelle deviendra plus coûteuse. Les énergies renouvelables sont d'ores et déjà compétitives par rapport aux énergies fossiles dans de nombreux pays du monde. En outre, si les renouvelables semblent plus chères, c’est aussi parce qu’une partie des coûts de l’énergie fossile ou nucléaire sont transformés en taxes et que les autres coûts externes ne sont pas compris dans la facture de l’électricité.

Fondamentalement, le coût des renouvelables continuera de baisser, alors que le coût de l’énergie conventionnelle – fossile et nucléaire – ne cessera de fluctuer de manière imprévisible. Les coûts de chauffage alimenté principalement en combustibles fossiles, ont atteint des niveaux records en Allemagne en 2013. Pour tenir compte de la baisse des prix du pétrole en 2015, le gouvernement a restreint les installations de chauffage au fuel et commencé à exiger de la chaleur renouvelable en 2016.

En 2012, l’un des principaux instituts de recherche économique allemands, le DIW, a estimé que l'Energiewende devrait coûter 200 milliards d’euros sur les dix années à venir, mais que le résultat final (certains coûts de l’énergie étant réduits en même temps) serait d’environ dix euros par mois par ménage. En 2015, l'institut Fraunhofer IWES a également chiffré le coût net de l'Energiewende jusqu'à 2050, et a déterminé, dans une estimation prudente, que les dépenses seraient inférieures que sans une transition.

Un examen approfondi de la surtaxe imposée à l’énergie renouvelable en Allemagne nous force à constater qu’elle n’explique pas la hausse des deux tiers du prix de détail moyen de l’énergie survenue durant la dernière décennie en Allemagne.

Subventions cachées

En fait, il est intéressant de constater qu’en intensifiant les renouvelables lorsqu’elles étaient chères, l’Allemagne a contribué à les rendre bon marché. Pendant tout ce temps, les prévisions indiquaient que l’incidence des coûts de la transition vers les énergies renouvelables culminerait durant la première moitié de cette décennie. Il semble clair à présent que si les investissements allemands dans les renouvelables ont culminé en 2010, ils devraient baisser annuellement de plus d’un tiers durant les prochaines décennies.

En investissant très tôt dans les renouvelables, l’Allemagne a peut-être engagé des frais élevés, mais elle s’est aussi positionnée comme un fournisseur incontournable de technologies d’avenir. En d’autres termes, les renouvelables devenant plus compétitives, le monde entier se lancera dans la transition. Les investissements allemands dans le photovoltaïque notamment ont permis de rendre la technologie abordable dans le monde entier, y compris dans les pays en voie de développement. Ainsi, en 2015, la Chine a installé 15 gigawatts PV, atteignant un total de 43 gigawatts, ce qui lui a permis de dépasser l'Allemagne au niveau international. Les Chinois ont également installé plus de 30 gigawatts d'éoliennes pour la seule année 2015. L’Inde a également de grands projets de constructions de parcs photovoltaïques et éoliens – 175 gigawatts d’énergies renouvelables d’ici 2022. Selon Bloomberg Energy Finance, les économies en développement et émergentes investissent à présent davantage dans les énergies renouvelables que les pays de l'OCDE.

Si les renouvelables paraissent si chères, c’est en partie parce qu’une part importante de leur coût total est immédiatement payé par le consommateur comme une taxe (la surtaxe EEG). Le soutien au charbon et à l’énergie nucléaire provient indirectement quant à lui directement de postes budgétaires transférés sur les contribuables. En raison du déficit budgétaire allemand, ces coûts sont aussi transmis, avec intérêts, aux générations futures de contribuables (source: Green Budget Germany).

Par ailleurs, le « coût » de l’Energiewende ne peut être envisagé isolément. Les coûts non monétaires de la consommation énergétique n’apparaissent pas sur les factures d’électricité, de gaz ou d’essence du consommateur. Pourtant l’impact environnemental occasionné par les émissions de gaz à effet de serre et par la pollution, augmente vite jusqu’à atteindre une somme considérable. Selon une étude publiée en 2015 par le Ministère allemand de l’Énergie, quelque 9 milliards d’euros nets ont été épargnés en 2013 grâce à l’utilisation d’électricité et de chauffage renouvelables. Ces économies ne sont toutefois pas reprises explicitement sur les factures. En outre, en investissant dans sa propre énergie renouvelable, l’Allemagne réduit graduellement sa dépendance aux importations d’énergie – et en proposant des produits plus performants qui devraient aussi pouvoir se vendre sur le marché global.