Questions & Réponses

L’Allemagne vit-elle une renaissance du charbon ?

En 2017, une seule nouvelle centrale à charbon était en construction, et elle pourrait, en réalité, ne pas être achevée. Les centrales construites ces dernières années étaient planifiées dans la première phase des échanges de quotas qui n’ont pas réussi à mettre en place le passage d’une électricité à partir de charbon à une électricité à base de gaz naturel. Les énergies renouvelables compensant de plus en plus la demande, il se peut donc que cette capacité additionnelle soit peu rentable. Depuis Fukushima, pas la moindre centrale à charbon n’a été ajoutée dans la planification des équipements.

L’une des principales préoccupations de la transition énergétique de l’Allemagne est le rôle de l’électricité à base de charbon. En 2015, la discussion sur une sortie possible du charbon est passée à la vitesse supérieure. Le secteur du charbon employant de nombreux mineurs, beaucoup plus d'emplois sont en jeu que dans le secteur du nucléaire. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles la sortie du nucléaire a été politiquement plus simple. Mais les leaders syndicaux acceptent de mieux en mieux le caractère inévitable de la sortie du charbon, et ils souhaitent de plus en plus la modeler que l'empêcher. Les négociations concernent donc la décennie lors de laquelle les mines et les centrales à charbon seront fermées, et la manière dont les travailleurs et leurs communautés peuvent tirer parti de cette transition.

Les récents rapports des nouvelles centrales au charbon ont également attiré beaucoup d’attention. La sortie progressive du nucléaire de l’Allemagne jusqu’en 2022 donnera plus d’espace aux centrales au charbon sur le réseau électrique qui, sinon, seraient évincées par les énergies renouvelables. Aujourd’hui, l’électricité renouvelable compense principalement celle du gaz naturel et du nucléaire, actuellement plus coûteuse que l’électricité à partir du charbon. La combustion de gaz naturel émet environ 50 pour cent de CO2 en moins que le charbon. Un passage du charbon au gaz naturel, même s’il est meilleur pour le climat, sera politiquement difficile à vendre. L’Allemagne importe la quasi-totalité de son gaz – dont 40 pour cent de la Russie – et reste le plus grand producteur de charbon brun au monde. Il se pourrait que 35 000 emplois soient en jeu dans la région de Garzweiler. Cela représente moins d’un dixième des emplois dans le secteur des énergies renouvelables.

Cependant, en fonction de la rapidité de la croissance des énergies renouvelables, les nouvelles centrales fonctionneront sur une durée restreinte. Une étude publiée en 2013 pour le gouvernement britannique déclarait que la «montée apparente» de la construction de centrales à charbon en Allemagne était le résultat d’un environnement de marché favorable en 2007/2008 et concluait que « dans un avenir prévisible, en dehors des constructions en cours, il n’y aurait pas de nouveaux projets au charbon ou au lignite ».

En effet, depuis la sortie du nucléaire de 2011, les nouveaux plans de construction de centrales au charbon sont en baisse. Dans un Etat démocratique, la construction des centrales à charbon ne se fait pas en 2 ans. Les centrales connectées au réseau en 2012 et 2013 n’étaient donc pas liées à la transition énergétique.

Un tableau publié en 2013 par l’ONG environnementale allemande Deutsche Umwelthilfe montre que l’Allemagne, en réaction à la sortie du nucléaire, n’a entrepris aucune construction de centrales au charbon et en a même abandonné six.

Au cours de la phase de sortie progressive du nucléaire, l’électricité renouvelable est censée combler le vide laissé par l’électricité nucléaire. Cependant, la croissance des énergies renouvelables dépassera seulement légèrement le déclin du nucléaire, de sorte que l’électricité issue du charbon restera relativement forte, notamment celle issue du lignite. Au contraire, on prévoit un déclin de l’électricité issue de la houille. En 2015, le gouvernement allemand a annoncé des projets de réduction des émissions issues du lignite. Si ces projets étaient transposés dans la loi, l’électricité issue du lignite pourrait bien diminuer au cours de la phase de sortie du nucléaire.

Quoiqu’il en soit, la phase de sortie du charbon commencera avec ou sans annonce officielle après l’achèvement de la sortie du nucléaire à la fin de l’année 2022, et ce, pour la simple raison que les énergies renouvelables n’auront alors plus rien à compenser dans l’approvisionnement électrique de l’Allemagne.